Dans la chambre de passage ou un studio de location, voilà qu'il devient fenêtre, capturé par son carré, ouverte puis refermée sur l'illusion qui nous désorbite la tête. On croit voir ce qu'on croit voir, mais soumis aux forces de l'ordre interne, on se retrouve seulement bêta devant l'image, humainement trompé. On en fait un tableau, montage inachevé, qu'on voudrait libéré des clôtures du monde, de la propriété, réchappé de l'explication, une petite chose aussitôt perdue de quelques lettres aux formes noires, en attente d'être retrouvée.
Le mot œil apparait 13 fois dans Ma vie au village.
Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.
On entend plus le craquement du mot quand il cède et tombe, ni le gémissement final des pendus. Juste l'infernal rotor coupant les choses en deux, coupant le corps, sa syllabe. On retue les morts. Et je tirais aussi le grand rideau sur eux, la couverture des feuillages, sacrifiant à l'oubli. Je ne vois désormais que leur ombre tranchée par la rougeur des toits, engrappée d'oiseaux sales, dévoreurs de boyaux.
Le mot arbre apparait 8 fois au singulier et 13 fois au pluriel dans Ma vie au Village.
Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.
Cela fait deux mois et de la poussière que la saison sèche a commencé, et s'il a plu courant janvier, de pauvres averses n'ont pas redonné du brillant aux feuilles des arbres et des palmiers de notre quartier, ni vraiment lavé la tôle des toits. L'on marche à certains endroits dans une neige couleur de brique. Ngola, nom local de Yaoundé, se recroqueville. J'ai du mal à ne pas me recroqueviller avec elle. De voir aussi peu de milans noirs m'inquiète. La plupart auraient-ils “choisi” de ne pas revenir cette année chez nous ? Ou se sont-ils attardés en route, trouvant plus de ressources en d'autre lieux ? À Batouri, j'avais l'habitude de noter la date de leur “retour”, qui se perdait ensuite dans une broussaille d'écrits.
Cette question du retour m'a longtemps habité, non “l'éternel retour” auquel je ne crois pas, mais le simple fait de “retourner” quelque part. Les Bakas de l'Est-Cameroun disent d'une personne qui meurt qu'elle retourne à la forêt. Aujourd'hui, c'est plutôt celle de l'ici et de l'ailleurs qui me vient à l'esprit. Il me semble que l'être humain, qu'il soit sédentaire, nomade ou voyageur, oscille entre ces deux termes, comme un métronome sur sa base. Mais ce n'est peut-être qu'une image de mon incertitude. Je rêve d’un ailleurs sans nom (je crois avoir déjà écrit ces mots, mais peut-être est-ce quelqu’un d’autre), sans nom levé sur une vraie carte, les cartes n’étant jamais vraies, d’une Pygmésie qui n’est pas un non-lieu comme l’insula Utopia de Thomas More, ni un mythe comme le royaume du Prêtre Jean, mais un quelque part qui serait plutôt le Pays où l’on n’arrive jamais, jamais vraiment, ce monde où nous voyageons dans la nuit.
Le pays où l'on n'arrive jamais, André Dhôtel, Pierre Horay 1955, Flammarion 2015
Pour vaincre quelquefois la distance infinie son détour tape au corps, fiche un coup de tranchant plus vif que la lumière, jet d'une lame aussitôt déguisé en habile air de rien. Tout passant, sans le voir, continue son chemin, ignore qu'un désir se trame, que des rêves l'enlacent, et l'on ne sait qui, des uns, des autres, s'en va mourir vers le soir, troué par l'amour incertain.
Le mot regard apparait 14 fois dans Ma vie au village.
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Des fées sur la grève ou des anges mâles aux cheveux bouclés, le train qui passe entre les nuages, Pygas se baignant, que l'on n'a jamais vue, en somme tout ce qui dure sans durée, l'ennui, les êtres désirés par l'esprit du regard, le train revenu qui pénètre en gare, le parler muet d'une chose, la scène des absentés qui rejouent leur départ, les villes où l'on va sans aller, la liste sans fin que l'on se dresse, avant la mort, dans le cerveau.
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Fond d'orange badigeon sur la toile qui chute entre du vert et la grisaille des troncs, les cours odorant l'air pour l'office d'un rouge de palmiste et l'air qui nous soupente, accroche au ciel passé la vieille angoisse humaine, soi ne pouvant jamais soustraire ses rêves à ce qui vient. L'usure de la lumière gagne le bord des choses.
Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.
Autre lieu où l'on se déporte à l'est de tout, où l'on peut sans craindre bannir le moi, le nous, tribunaux féroces, et dans les rythmiques de ce dehors que l'on écoute, jeter son corps entier.
Je l'entends toujours dire, malgré ma désertion, et parler sans reproche, de cette voix si claire que sur son texte je me retourne encore. Mais j'ai trop écrit d'elle, qui n'est plus que le vide en moi, de moi, l'espace de sa parole à taire.
Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.
Près de quoi l'on se trouve sans cesse, qui pour n'être pas funèbre commence par un baiser, rapprochement d'embouchures lointaines. Mais les chairs s'écartent, encerclent toute distance et t'exilent aussitôt ; le mot louvoie par vent contraire.
Nous naviguons, les yeux mi-clos, vers une frontière, sachant qu'on ne l'atteindra pas, épiant entre les arbres à chaque tournant la mer, ainsi que sans la voir souvent font des enfants heureux. Rentrés à la ville au soir, celle où se noient tant de garçons, attendons l'heure en qui chaque partie de soi se renverse et rêve de toucher dans l'obscur l'impénétrable rive du corps d'autrui qui lui fait face.
Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.
Ce qui n'est pas à portée de soi mais en qui l'on tombe, ou plutôt chute en son idée, sans avoir eu le temps de compter les morts. Quelle épouvantable invention d'avoir de tout fait des moitiés qui dérivent à deux cent kilomètres par seconde. Si pour connaitre nous devions être séparés, ce ne fut pas de cette manière, affublant dieu d'un vice et de brutalité, en l'embringuant dans nos histoires, l'un d'un côté, nous de l'autre assis au prétoire des morales.
Ce dont je parle ici c'est du ventre divin, de ses organes tournoyant, des ailes de son esprit qui nous meuvent autant que nous voguons de nous-même sous le vent ou l'effet du vin, de la chose infinie, tramée de vide et d'atomes, qui s'épanche en lui, et du menu soi de chacun vacillant sur un bout de terre, des entrailles cosmiques où le plus petit grain ne se perd au cœur d'une énorme pensée. Mais aussi l'envers maléfique de ce sublime chaos dans les têtes humaines, leur hideuse volonté de se subordonner, de ne jouir, jeu minable et tragique, qu'au bord des peines qu'elles fabriquent.
Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.
État antérieur à la cicatrice, marque parfaite du coup, le mot résorbe la chair que des ogres scient, et loin de ce ravage on en caresse avec plaisir les veines, on se repose ou copule sur ses lambeaux. Mais voilà que la déchirure devient l'antre où j'ai dormi durant cent cinquante-six mille nuits peut-être, aux côtés d'un grillon stéréophonique et du vent qui courbait la pointe des sagaies, gite où l'écorcée me couvrait, vivante. Même encore, tandis que j'ensue le drap, elle me sombre sans plainte dans sa musique.
Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.