Voyage au Lexique – paysage
Préambule
Je repars au Lexique pour un nouveau voyage. Le premier fut entrepris en 2018 après l'écriture de Ma vie au village. Les mots étant un monde habité, où se forment en quelque sorte des rapports identiques à ceux qui lient et délient entre eux les êtres et les choses dans l'univers, allant aussi plus loin, plus avant que nous, j'explore à ma manière, en me gardant de les exploiter, ceux dont le nombre d'occurrences dans cet écrit, publié en 2023 par les éditions La rumeur libre, est significatif. Cet itinéraire pourra peut-être éveiller chez quelques lectrices et lecteurs le désir de trouver leur propre antidote contre la droitisation et la mortifère sédentarité du vocabulaire que l'on voudrait nous imposer. Les mots qui le composent font partie du langage ordinaire, celui qui forme l'expression de la plupart de nos pensées. Laissons-les nous conduire ailleurs que là où nous irions sans eux.
Paysage
L'inventé qu'on impose à ton œil au regard crevé, globe blanc de méchanceté ou d'idiote tendresse pour ce que tu crois voir, parfois noirci d'un fond de colère. Qui dit que c'est moche ici, plus qu'ailleurs et dans les enfers, sinon l'idée qu'on se fait de lui ? Tu rétines des diapos dans un cadre bâtard. Moi-même l'ai cherché comme lumineuse idole, quand de toute part rien n'est beau. On fait ce qu'on peut d'une image dans sa tête.
La reine Pygas, de Pygmésie, terre trompeusement intérieure, car faite d'air et d'eau, n'était sur mes pages ni décor ni tableau, non plus que de l'invisible tant je hais ce mot, mais l'orange mouvement des choses qui s'avisent, se parlent, sans que nous le sachions ; elle est encore de lui surtout la métamorphose jusqu'à le disparaitre au sein du corps-esprit, le fondre désenchainé dans la vierge immanence. Reste son son doux à l'oreille malgré la fausseté de son nom.
Nombre d’occurrences : 16