Chemin tournant

Serge Marcel Roche

On entend plus le craquement du mot quand il cède et tombe, ni le gémissement final des pendus. Juste l'infernal rotor coupant les choses en deux, coupant le corps, sa syllabe. On retue les morts. Et je tirais aussi le grand rideau sur eux, la couverture des feuillages, sacrifiant à l'oubli. Je ne vois désormais que leur ombre tranchée par la rougeur des toits, engrappée d'oiseaux sales, dévoreurs de boyaux.

Le mot arbre apparait 8 fois au singulier et 13 fois au pluriel dans Ma vie au Village.

#VoyageauLexique

Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.

Pour vaincre quelquefois la distance infinie son détour tape au corps, fiche un coup de tranchant plus vif que la lumière, jet d'une lame aussitôt déguisé en habile air de rien. Tout passant, sans le voir, continue son chemin, ignore qu'un désir se trame, que des rêves l'enlacent, et l'on ne sait qui, des uns, des autres, s'en va mourir vers le soir, troué par l'amour incertain.

Le mot regard apparait 14 fois dans Ma vie au village.

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Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.

Des fées sur la grève ou des anges mâles aux cheveux bouclés, le train qui passe entre les nuages, Pygas se baignant, que l'on n'a jamais vue, en somme tout ce qui dure sans durée, l'ennui, les êtres désirés par l'esprit du regard, le train revenu qui pénètre en gare, le parler muet d'une chose, la scène des absentés qui rejouent leur départ, les villes où l'on va sans aller, la liste sans fin que l'on se dresse, avant la mort, dans le cerveau.

Nombre d’occurrences : 14

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Fond d'orange badigeon sur la toile qui chute entre du vert et la grisaille des troncs, les cours odorant l'air pour l'office d'un rouge de palmiste et l'air qui nous soupente, accroche au ciel passé la vieille angoisse humaine, soi ne pouvant jamais soustraire ses rêves à ce qui vient. L'usure de la lumière gagne le bord des choses.

Nombre d’occurrences : 14

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Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.

Autre lieu où l'on se déporte à l'est de tout, où l'on peut sans craindre bannir le moi, le nous, tribunaux féroces, et dans les rythmiques de ce dehors que l'on écoute, jeter son corps entier.

Je l'entends toujours dire, malgré ma désertion, et parler sans reproche, de cette voix si claire que sur son texte je me retourne encore. Mais j'ai trop écrit d'elle, qui n'est plus que le vide en moi, de moi, l'espace de sa parole à taire.

Nombre d’occurrences : 15

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Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.

Près de quoi l'on se trouve sans cesse, qui pour n'être pas funèbre commence par un baiser, rapprochement d'embouchures lointaines. Mais les chairs s'écartent, encerclent toute distance et t'exilent aussitôt ; le mot louvoie par vent contraire.

Nous naviguons, les yeux mi-clos, vers une frontière, sachant qu'on ne l'atteindra pas, épiant entre les arbres à chaque tournant la mer, ainsi que sans la voir souvent font des enfants heureux. Rentrés à la ville au soir, celle où se noient tant de garçons, attendons l'heure en qui chaque partie de soi se renverse et rêve de toucher dans l'obscur l'impénétrable rive du corps d'autrui qui lui fait face.

Nombre d’occurrences : 15

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Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.

Ce qui n'est pas à portée de soi mais en qui l'on tombe, ou plutôt chute en son idée, sans avoir eu le temps de compter les morts. Quelle épouvantable invention d'avoir de tout fait des moitiés qui dérivent à deux cent kilomètres par seconde. Si pour connaitre nous devions être séparés, ce ne fut pas de cette manière, affublant dieu d'un vice et de brutalité, en l'embringuant dans nos histoires, l'un d'un côté, nous de l'autre assis au prétoire des morales.

Ce dont je parle ici c'est du ventre divin, de ses organes tournoyant, des ailes de son esprit qui nous meuvent autant que nous voguons de nous-même sous le vent ou l'effet du vin, de la chose infinie, tramée de vide et d'atomes, qui s'épanche en lui, et du menu soi de chacun vacillant sur un bout de terre, des entrailles cosmiques où le plus petit grain ne se perd au cœur d'une énorme pensée. Mais aussi l'envers maléfique de ce sublime chaos dans les têtes humaines, leur hideuse volonté de se subordonner, de ne jouir, jeu minable et tragique, qu'au bord des peines qu'elles fabriquent.

Nombre d’occurrences : 15

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Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.

État antérieur à la cicatrice, marque parfaite du coup, le mot résorbe la chair que des ogres scient, et loin de ce ravage on en caresse avec plaisir les veines, on se repose ou copule sur ses lambeaux. Mais voilà que la déchirure devient l'antre où j'ai dormi durant cent cinquante-six mille nuits peut-être, aux côtés d'un grillon stéréophonique et du vent qui courbait la pointe des sagaies, gite où l'écorcée me couvrait, vivante. Même encore, tandis que j'ensue le drap, elle me sombre sans plainte dans sa musique.

Nombre d’occurrences : 16

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Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.

Où, meurtrier, l'on se cache afin d'errer tout à son aise, l'innocent filant au désert vivre dans l'immobilité. Rongeant son multicorps, on la marche, la tourne en travers, on lui rogne les côtés. Mais contre nous d'autres la pensent autrement que par les abords ; toujours quelqu'un t'y met au ban. On fuit son ventre cannibale et ses yeux trop nombreux, allant seulement de temps en temps relever le piège de sa toile, au bois, dans les boutiques, passer l'heure à faire chou blanc et suçoter sans joie des liquides amers.

Elle oblique le rectiligne, le courbe, le plie, le froisse, en fait une boule de papier vert, avec du gris béton/bitume et des rougeurs de poussière ; on habite ses tremblements, l'encre séchée de ses ployures, le bruit de grésil que ça fait au fond des poubelles. Plus que les bâtisses qui surnagent, flottent au gré des collines – domaine à la lettre humain – elle fabrique puis chiffonne ses rues, même où l'ordre se pare d'un semblant de droiture.

Bien que sa peau grouille d'engins, on l'estime de jour, de nuit on la tâtonne, avec l'ombre du corps, cherchant son inconnue. Elle, rabattant tout dans ses couloirs, tire sa flèche sur nos rêves.

Nombre d’occurrences : 16 au pluriel, 6 au singulier

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Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.

Préambule

Je repars au Lexique pour un nouveau voyage. Le premier fut entrepris en 2018 après l'écriture de Ma vie au village. Les mots étant un monde habité, où se forment en quelque sorte des rapports identiques à ceux qui lient et délient entre eux les êtres et les choses dans l'univers, allant aussi plus loin, plus avant que nous, j'explore à ma manière, en me gardant de les exploiter, ceux dont le nombre d'occurrences dans cet écrit, publié en 2023 par les éditions La rumeur libre, est significatif. Cet itinéraire pourra peut-être éveiller chez quelques lectrices et lecteurs le désir de trouver leur propre antidote contre la droitisation et la mortifère sédentarité du vocabulaire que l'on voudrait nous imposer. Les mots qui le composent font partie du langage ordinaire, celui qui forme l'expression de la plupart de nos pensées. Laissons-les nous conduire ailleurs que là où nous irions sans eux.

Paysage

L'inventé qu'on impose à ton œil au regard crevé, globe blanc de méchanceté ou d'idiote tendresse pour ce que tu crois voir, parfois noirci d'un fond de colère. Qui dit que c'est moche ici, plus qu'ailleurs et dans les enfers, sinon l'idée qu'on se fait de lui ? Tu rétines des diapos dans un cadre bâtard. Moi-même l'ai cherché comme lumineuse idole, quand de toute part rien n'est beau. On fait ce qu'on peut d'une image dans sa tête.

La reine Pygas, de Pygmésie, terre trompeusement intérieure, car faite d'air et d'eau, n'était sur mes pages ni décor ni tableau, non plus que de l'invisible tant je hais ce mot, mais l'orange mouvement des choses qui s'avisent, se parlent, sans que nous le sachions ; elle est encore de lui surtout la métamorphose jusqu'à le disparaitre au sein du corps-esprit, le fondre désenchainé dans la vierge immanence. Reste son son doux à l'oreille malgré la fausseté de son nom.

Nombre d’occurrences : 16

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