Chemin tournant

Serge Marcel Roche

Ne fut longtemps que celle des arbres, du soleil frappant le front, cet horizon de son couteau gravant un signe, clarté d’une voix sur la piste ou l’odeur des fleurs de café, tout un envoûtement par les choses, dont on ne peut sortir. Mais dit ainsi ou d’autres manières, n’est que trame se rompant, l’accroc que fait le temps et le fil à écrire.

Le mot ligne apparait 13 fois dans Ma vie au village.

#VoyageauLexique

Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.

Ma paume, la peau tienne, l’unique ligne interne quand l’œil se cogne à l'encolure des arbres, contre l'air au-dessus d'eux rempli d'un soleil d'acier, qu’il frappe en bas sur la nuit, sa porte inouverte, sans le cuir de ton dos sous elle, glissante, je divaguerai, criant au supplice et le nom gravé sur ta cuisse irait aux enfers.

Le mot main apparait 13 fois dans Ma vie au village

#VoyageauLexique

Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.

L’an passé, au retour de mon séjour en France, j’ai vu par le carré de la fenêtre, sur la ligne d’en face, la crépissure grise de constructions nouvelles. Ainsi, des immeubles sont élevés à grande vitesse dans toute la ville. Beaucoup demeurent inachevés, ouvrant désespérément leurs yeux vides. Il en est qui deviennent célèbres, repaires de brigands ou lieux sans humains que la déchéance du propriétaire et la superstition condamnent à un perpétuel abandon. Sur le chemin qui me conduit à la grand-route, je ne peux m’empêcher de regarder les quatre ou cinq que je croise, essayant parfois d’imaginer leur intérieur inoccupé, la vie qu’ils pourraient abriter, une vie encore marquée par le village, mais qui se distancie chaque jour davantage de lui. Reflets du vieux fantasme babylonien, toujours renaissant, d’atteindre le ciel et de l’attrait qu’exerce le tentaculaire sur la psyché humaine. J’ai entendu exprimée plusieurs fois ici l’opposition entre “villageois” et “civilisés”, c’est-à-dire citadins, comme si ce que l’on nomme civilisation, sans trop savoir ce que c’est, sinon une chimère, un pernicieux concept, ne pouvait se passer de hauteur, d’une verticalité sans mesure.

Avec ces bâtisses, dont un grand nombre se peuplent quand même de locataires, il y a celles de petit standing à deux, trois étages, les maisons basses, le simple rectangle des cases pour les gens moins fortunés et les villas cossues, souvent de couleur blanche, parfois vert moutarde. Celles-ci m’intriguent. De quel imaginaire sort leur esthétique, faite de colonnades, de porches grandiloquents, de terrasses parfois multiples ? Je les nomme de “style néo-américain”. Quelque spécialiste me montrerait sans doute que j’ai tort. Qu’importe. Je n’y vois jamais personne. Dernièrement, un voisin que j’avais déjà sûrement aperçu, ne serait-ce qu’à travers le vitrage de la salle de bain, mais jamais rencontré, m’a cueilli au passage et emmené dans sa voiture jusqu’au carrefour Cogeni. On ne se voit pas, lui ai-je banalement dit. Il me répond que “l’on part au matin, on rentre le soir”. Il en va de même à Tokyo, Buenos Aires, New-Delhi, où chacun s’efforce comme il peut d’aller au bout du jour, puis de la nuit. Ce voisin est vendeur de pièces automobiles, au marché d’Étoudi. Je ne saurai probablement jamais qui est et que fait l’un de ces fantômes qui peuplent mon style néo-américain. Il n’est nul besoin d’océan pour que nous soyons séparés. Un peu de stuc suffit.

#Autournantduchemin

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Dans la chambre de passage ou un studio de location, voilà qu'il devient fenêtre, capturé par son carré, ouverte puis refermée sur l'illusion qui nous désorbite la tête. On croit voir ce qu'on croit voir, mais soumis aux forces de l'ordre interne, on se retrouve seulement bêta devant l'image, humainement trompé. On en fait un tableau, montage inachevé, qu'on voudrait libéré des clôtures du monde, de la propriété, réchappé de l'explication, une petite chose aussitôt perdue de quelques lettres aux formes noires, en attente d'être retrouvée.

Le mot œil apparait 13 fois dans Ma vie au village.

#VoyageauLexique

Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.

On entend plus le craquement du mot quand il cède et tombe, ni le gémissement final des pendus. Juste l'infernal rotor coupant les choses en deux, coupant le corps, sa syllabe. On retue les morts. Et je tirais aussi le grand rideau sur eux, la couverture des feuillages, sacrifiant à l'oubli. Je ne vois désormais que leur ombre tranchée par la rougeur des toits, engrappée d'oiseaux sales, dévoreurs de boyaux.

Le mot arbre apparait 8 fois au singulier et 13 fois au pluriel dans Ma vie au Village.

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Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.

Un ailleurs sans nom

Cela fait deux mois et de la poussière que la saison sèche a commencé, et s'il a plu courant janvier, de pauvres averses n'ont pas redonné du brillant aux feuilles des arbres et des palmiers de notre quartier, ni vraiment lavé la tôle des toits. L'on marche à certains endroits dans une neige couleur de brique. Ngola, nom local de Yaoundé, se recroqueville. J'ai du mal à ne pas me recroqueviller avec elle. De voir aussi peu de milans noirs m'inquiète. La plupart auraient-ils “choisi” de ne pas revenir cette année chez nous ? Ou se sont-ils attardés en route, trouvant plus de ressources en d'autre lieux ? À Batouri, j'avais l'habitude de noter la date de leur “retour”, qui se perdait ensuite dans une broussaille d'écrits.

Cette question du retour m'a longtemps habité, non “l'éternel retour” auquel je ne crois pas, mais le simple fait de “retourner” quelque part. Les Bakas de l'Est-Cameroun disent d'une personne qui meurt qu'elle retourne à la forêt. Aujourd'hui, c'est plutôt celle de l'ici et de l'ailleurs qui me vient à l'esprit. Il me semble que l'être humain, qu'il soit sédentaire, nomade ou voyageur, oscille entre ces deux termes, comme un métronome sur sa base. Mais ce n'est peut-être qu'une image de mon incertitude. Je rêve d’un ailleurs sans nom (je crois avoir déjà écrit ces mots, mais peut-être est-ce quelqu’un d’autre), sans nom levé sur une vraie carte, les cartes n’étant jamais vraies, d’une Pygmésie qui n’est pas un non-lieu comme l’insula Utopia de Thomas More, ni un mythe comme le royaume du Prêtre Jean, mais un quelque part qui serait plutôt le Pays où l’on n’arrive jamais, jamais vraiment, ce monde où nous voyageons dans la nuit.

Le pays où l'on n'arrive jamais, André Dhôtel, Pierre Horay 1955, Flammarion 2015

#Autournantduchemin

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Pour vaincre quelquefois la distance infinie son détour tape au corps, fiche un coup de tranchant plus vif que la lumière, jet d'une lame aussitôt déguisé en habile air de rien. Tout passant, sans le voir, continue son chemin, ignore qu'un désir se trame, que des rêves l'enlacent, et l'on ne sait qui, des uns, des autres, s'en va mourir vers le soir, troué par l'amour incertain.

Le mot regard apparait 14 fois dans Ma vie au village.

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Toposonore est un blogue annexe de Chemin tournant.

Il cartographie le climat acoustique du quartier de Yaoundé, au Cameroun, dans lequel vit l’auteur.

Son plan n’est en rien préconçu. Les enregistrements proposés à l’écoute sont amateurs, réalisés de #1 à #30 avec un téléphone ordinaire, puis à partir de #31 avec un enregistreur TASCAM DR-05.

Ils livrent la configuration sonore d’un lieu, d’un quelque part, sa description mobile.

Leur durée ne dépasse pas 1’ 20”. Chaque audio est précédé d’une description, plus ou moins assortie d’un commentaire >>> Toposonore du quartier

Vous pouvez également retrouver l’ensemble des audios publiés, sur une page Internet Archive

Des fées sur la grève ou des anges mâles aux cheveux bouclés, le train qui passe entre les nuages, Pygas se baignant, que l'on n'a jamais vue, en somme tout ce qui dure sans durée, l'ennui, les êtres désirés par l'esprit du regard, le train revenu qui pénètre en gare, le parler muet d'une chose, la scène des absentés qui rejouent leur départ, les villes où l'on va sans aller, la liste sans fin que l'on se dresse, avant la mort, dans le cerveau.

Nombre d’occurrences : 14

#VoyageauLexique

Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.

Fond d'orange badigeon sur la toile qui chute entre du vert et la grisaille des troncs, les cours odorant l'air pour l'office d'un rouge de palmiste et l'air qui nous soupente, accroche au ciel passé la vieille angoisse humaine, soi ne pouvant jamais soustraire ses rêves à ce qui vient. L'usure de la lumière gagne le bord des choses.

Nombre d’occurrences : 14

#VoyageauLexique

Dans ce deuxième Voyage au Lexique, je continue d’explorer, en me gardant de les exploiter, les mots de Ma vie au village (in Journal de la brousse endormie) dont le nombre d’occurrences est significatif.