Chemin tournant

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Où, meurtrier, l'on se cache afin d'errer tout à son aise, l'innocent filant au désert vivre dans l'immobilité. Rongeant son multicorps, on la marche, la tourne en travers, on lui rogne les côtés. Mais contre nous d'autres la pensent autrement que par les abords ; toujours quelqu'un t'y met au ban. On fuit son ventre cannibale et ses yeux trop nombreux, allant seulement de temps en temps relever le piège de sa toile, au bois, dans les boutiques, passer l'heure à faire chou blanc et suçoter sans joie des liquides amers.

Elle oblique le rectiligne, le courbe, le plie, le froisse, en fait une boule de papier vert, avec du gris béton/bitume et des rougeurs de poussière ; on habite ses tremblements, l'encre séchée de ses ployures, le bruit de grésil que ça fait au fond des poubelles. Plus que les bâtisses qui surnagent, flottent au gré des collines – domaine à la lettre humain – elle fabrique puis chiffonne ses rues, même où l'ordre se pare d'un semblant de droiture.

Bien que sa peau grouille d'engins, on l'estime de jour, de nuit on la tâtonne, avec l'ombre du corps, cherchant son inconnue. Elle, rabattant tout dans ses couloirs, tire sa flèche sur nos rêves.

Nombre d’occurrences : 16 au pluriel, 6 au singulier

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Préambule

Je repars au Lexique pour un nouveau voyage. Le premier fut entrepris en 2018 après l'écriture de Ma vie au village. Les mots étant un monde habité, où se forment en quelque sorte des rapports identiques à ceux qui lient et délient entre eux les êtres et les choses dans l'univers, allant aussi plus loin, plus avant que nous, j'explore à ma manière, en me gardant de les exploiter, ceux dont le nombre d'occurrences dans cet écrit, publié en 2023 par les éditions La rumeur libre, est significatif. Cet itinéraire pourra peut-être éveiller chez quelques lectrices et lecteurs le désir de trouver leur propre antidote contre la droitisation et la mortifère sédentarité du vocabulaire que l'on voudrait nous imposer. Les mots qui le composent font partie du langage ordinaire, celui qui forme l'expression de la plupart de nos pensées. Laissons-les nous conduire ailleurs que là où nous irions sans eux.

Paysage

L'inventé qu'on impose à ton œil au regard crevé, globe blanc de méchanceté ou d'idiote tendresse pour ce que tu crois voir, parfois noirci d'un fond de colère. Qui dit que c'est moche ici, plus qu'ailleurs et dans les enfers, sinon l'idée qu'on se fait de lui ? Tu rétines des diapos dans un cadre bâtard. Moi-même l'ai cherché comme lumineuse idole, quand de toute part rien n'est beau. On fait ce qu'on peut d'une image dans sa tête.

La reine Pygas, de Pygmésie, terre trompeusement intérieure, car faite d'air et d'eau, n'était sur mes pages ni décor ni tableau, non plus que de l'invisible tant je hais ce mot, mais l'orange mouvement des choses qui s'avisent, se parlent, sans que nous le sachions ; elle est encore de lui surtout la métamorphose jusqu'à le disparaitre au sein du corps-esprit, le fondre désenchainé dans la vierge immanence. Reste son son doux à l'oreille malgré la fausseté de son nom.

Nombre d’occurrences : 16

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