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    <title>Autournantduchemin &amp;mdash; Chemin tournant</title>
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    <description>Serge Marcel Roche</description>
    <pubDate>Wed, 22 Apr 2026 08:09:21 +0000</pubDate>
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      <title>Autournantduchemin &amp;mdash; Chemin tournant</title>
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      <title>Au tournant du chemin #4</title>
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      <description>&lt;![CDATA[Les premières mangues de l’année sont aux étals, il a plu, il pleut, mais l’intérieur reste sec. L’écriture est en rade, vieille barque qui refuse de prendre le cours du fleuve. Il lui faudrait un souffle, qui ne vient pas. Non une idée, que je cherche d’ailleurs en vain. Tant mieux. Rien n’est plus néfaste, à mon sens, à la ‟poésie”, que les idées. Il est plus gênant de n’en pas avoir quand il s’agit, comme ici, d’écrire à quelqu’un. Cette adresse ‟à tout le monde”, est une forme de discours, d’entretien. On attend quelque chose de qui nous parle, or je suis dépourvu à cette heure de la moindre chose à dire, ce qui est paradoxal puisqu’en écrivant cela je dis quand même quelque chose. Je dis malgré tout la chose dont je suis dépourvu, tout au moins j’en donne les contours. Ce faisant, je déclare une pauvreté, parmi d’autres. Nos pauvretés, les nôtres propres ou celles des autres, on ne peut en discerner que les contours ; elles ne seraient pas sinon pauvreté, mais richesse. Il faudrait s’aimer pauvre, démuni, dénué, tel que nous sommes en fait, par choix de refuser d’être plein de ‟paraître”. Aimer cette meilleure part qu’est le ‟peu” de notre pauvreté, contre le tout totalitaire. Se reconnaître pauvre (pauvre de bien des manières), c’est être plus humain et ‟ne pas passer sur le corps des autres”, comme l’écrivait l’ami Pasolini. Je pense à lui souvent, qui préférait ‟de loin celui qui perd à l’anthropologie vulgaire du gagnant”, celle des ‟gens qui comptent, qui occupent le pouvoir, qui s’arrachent le présent”. Il disait : ‟C’est un exercice qui me réussit bien. Et me réconcilie avec mon sacré peu, il mio sacro poco”.&#xA;&#xA;Autournantduchemin&#xA;&#xA;Au tournant du chemin est une infolettre mensuelle, gratuite et démodée : Je m’abonne avec plaisir !]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Les premières mangues de l’année sont aux étals, il a plu, il pleut, mais l’intérieur reste sec. L’écriture est en rade, vieille barque qui refuse de prendre le cours du fleuve. Il lui faudrait un souffle, qui ne vient pas. Non une idée, que je cherche d’ailleurs en vain. Tant mieux. Rien n’est plus néfaste, à mon sens, à la ‟poésie”, que les idées. Il est plus gênant de n’en pas avoir quand il s’agit, comme ici, d’écrire à quelqu’un. Cette adresse ‟à tout le monde”, est une forme de discours, d’entretien. On attend quelque chose de qui nous parle, or je suis dépourvu à cette heure de la moindre chose à dire, ce qui est paradoxal puisqu’en écrivant cela je dis quand même quelque chose. Je dis malgré tout la chose dont je suis dépourvu, tout au moins j’en donne les contours. Ce faisant, je déclare une pauvreté, parmi d’autres. Nos pauvretés, les nôtres propres ou celles des autres, on ne peut en discerner que les contours ; elles ne seraient pas sinon pauvreté, mais richesse. Il faudrait s’aimer pauvre, démuni, dénué, tel que nous sommes en fait, par choix de refuser d’être plein de ‟paraître”. Aimer cette meilleure part qu’est le ‟peu” de notre pauvreté, contre le tout totalitaire. Se reconnaître pauvre (pauvre de bien des manières), c’est être plus humain et ‟ne pas passer sur le corps des autres”, comme l’écrivait l’ami Pasolini. Je pense à lui souvent, qui préférait ‟de loin celui qui perd à l’anthropologie vulgaire du gagnant”, celle des ‟gens qui comptent, qui occupent le pouvoir, qui s’arrachent le présent”. Il disait : ‟C’est un exercice qui me réussit bien. Et me réconcilie avec mon sacré peu, il mio sacro poco”.</p>

<p><a href="https://sergemarcelroche.writeas.com/tag:Autournantduchemin" class="hashtag"><span>#</span><span class="p-category">Autournantduchemin</span></a></p>

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      <guid>https://sergemarcelroche.writeas.com/au-tournant-du-chemin-4</guid>
      <pubDate>Wed, 22 Apr 2026 02:00:04 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Au tournant du chemin #3</title>
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      <description>&lt;![CDATA[L’an passé, au retour de mon séjour en France, j’ai vu par le carré de la fenêtre, sur la ligne d’en face, la crépissure grise de constructions nouvelles. Ainsi, des immeubles sont élevés à grande vitesse dans toute la ville. Beaucoup demeurent inachevés, ouvrant désespérément leurs yeux vides. Il en est qui deviennent célèbres, repaires de brigands ou lieux sans humains que la déchéance du propriétaire et la superstition condamnent à un perpétuel abandon. Sur le chemin qui me conduit à la grand-route, je ne peux m’empêcher de regarder les quatre ou cinq que je croise, essayant parfois d’imaginer leur intérieur inoccupé, la vie qu’ils pourraient abriter, une vie encore marquée par le village, mais qui se distancie chaque jour davantage de lui. Reflets du vieux fantasme babylonien, toujours renaissant, d’atteindre le ciel et de l’attrait qu’exerce le tentaculaire sur la psyché humaine. J’ai entendu exprimée plusieurs fois ici l’opposition entre “villageois” et “civilisés”, c’est-à-dire citadins, comme si ce que l’on nomme civilisation, sans trop savoir ce que c’est, sinon une chimère, un pernicieux concept, ne pouvait se passer de hauteur, d’une verticalité sans mesure.&#xA;&#xA;Avec ces bâtisses, dont un grand nombre se peuplent quand même de locataires, il y a celles de petit standing à deux, trois étages, les maisons basses, le simple rectangle des cases pour les gens moins fortunés et les villas cossues, souvent de couleur blanche, parfois vert moutarde. Celles-ci m’intriguent. De quel imaginaire sort leur esthétique, faite de colonnades, de porches grandiloquents, de terrasses parfois multiples ? Je les nomme de “style néo-américain”. Quelque spécialiste me montrerait sans doute que j’ai tort. Qu’importe. Je n’y vois jamais personne. Dernièrement, un voisin que j’avais déjà sûrement aperçu, ne serait-ce qu’à travers le vitrage de la salle de bain, mais jamais rencontré, m’a cueilli au passage et emmené dans sa voiture jusqu’au carrefour Cogeni. On ne se voit pas, lui ai-je banalement dit. Il me répond que “l’on part au matin, on rentre le soir”. Il en va de même à Tokyo, Buenos Aires, New-Delhi, où chacun s’efforce comme il peut d’aller au bout du jour, puis de la nuit. Ce voisin est vendeur de pièces automobiles, au marché d’Étoudi. Je ne saurai probablement jamais qui est et que fait l’un de ces fantômes qui peuplent mon style néo-américain. Il n’est nul besoin d’océan pour que nous soyons séparés. Un peu de stuc suffit.&#xA;&#xA;Autournantduchemin&#xA;&#xA;Au tournant du chemin est une infolettre mensuelle, gratuite et démodée : Je m’abonne avec plaisir !]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>L’an passé, au retour de mon séjour en France, j’ai vu par le carré de la fenêtre, sur la ligne d’en face, la crépissure grise de constructions nouvelles. Ainsi, des immeubles sont élevés à grande vitesse dans toute la ville. Beaucoup demeurent inachevés, ouvrant désespérément leurs yeux vides. Il en est qui deviennent célèbres, repaires de brigands ou lieux sans humains que la déchéance du propriétaire et la superstition condamnent à un perpétuel abandon. Sur le chemin qui me conduit à la grand-route, je ne peux m’empêcher de regarder les quatre ou cinq que je croise, essayant parfois d’imaginer leur intérieur inoccupé, la vie qu’ils pourraient abriter, une vie encore marquée par le village, mais qui se distancie chaque jour davantage de lui. Reflets du vieux fantasme babylonien, toujours renaissant, d’atteindre le ciel et de l’attrait qu’exerce le tentaculaire sur la psyché humaine. J’ai entendu exprimée plusieurs fois ici l’opposition entre “villageois” et “civilisés”, c’est-à-dire citadins, comme si ce que l’on nomme civilisation, sans trop savoir ce que c’est, sinon une chimère, un pernicieux concept, ne pouvait se passer de hauteur, d’une verticalité sans mesure.</p>

<p>Avec ces bâtisses, dont un grand nombre se peuplent quand même de locataires, il y a celles de petit standing à deux, trois étages, les maisons basses, le simple rectangle des cases pour les gens moins fortunés et les villas cossues, souvent de couleur blanche, parfois vert moutarde. Celles-ci m’intriguent. De quel imaginaire sort leur esthétique, faite de colonnades, de porches grandiloquents, de terrasses parfois multiples ? Je les nomme de “style néo-américain”. Quelque spécialiste me montrerait sans doute que j’ai tort. Qu’importe. Je n’y vois jamais personne. Dernièrement, un voisin que j’avais déjà sûrement aperçu, ne serait-ce qu’à travers le vitrage de la salle de bain, mais jamais rencontré, m’a cueilli au passage et emmené dans sa voiture jusqu’au carrefour Cogeni. On ne se voit pas, lui ai-je banalement dit. Il me répond que “l’on part au matin, on rentre le soir”. Il en va de même à Tokyo, Buenos Aires, New-Delhi, où chacun s’efforce comme il peut d’aller au bout du jour, puis de la nuit. Ce voisin est vendeur de pièces automobiles, au marché d’Étoudi. Je ne saurai probablement jamais qui est et que fait l’un de ces fantômes qui peuplent mon style néo-américain. Il n’est nul besoin d’océan pour que nous soyons séparés. Un peu de stuc suffit.</p>

<p><a href="https://sergemarcelroche.writeas.com/tag:Autournantduchemin" class="hashtag"><span>#</span><span class="p-category">Autournantduchemin</span></a></p>

<p><em>Au tournant du chemin</em> est une infolettre mensuelle, gratuite et démodée : <a href="https://www.sergemarcelroche.kessel.media/">Je m’abonne avec plaisir !</a></p>
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      <guid>https://sergemarcelroche.writeas.com/au-tournant-du-chemin-3</guid>
      <pubDate>Thu, 12 Mar 2026 02:46:55 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Au tournant du chemin #2</title>
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      <description>&lt;![CDATA[div style=&#34;text-align: center;&#34;Un ailleurs sans nom/div&#xA;&#xA;Cela fait deux mois et de la poussière que la saison sèche a commencé, et s&#39;il a plu courant janvier, de pauvres averses n&#39;ont pas redonné du brillant aux feuilles des arbres et des palmiers de notre quartier, ni vraiment lavé la tôle des toits. L&#39;on marche à certains endroits dans une neige couleur de brique. Ngola, nom local de Yaoundé, se recroqueville. J&#39;ai du mal à ne pas me recroqueviller avec elle. De voir aussi peu de milans noirs m&#39;inquiète. La plupart auraient-ils &#34;choisi&#34; de ne pas revenir cette année chez nous ? Ou se sont-ils attardés en route, trouvant plus de ressources en d&#39;autre lieux ? À Batouri, j&#39;avais l&#39;habitude de noter la date de leur &#34;retour&#34;, qui se perdait ensuite dans une broussaille d&#39;écrits.&#xA;&#xA;Cette question du retour m&#39;a longtemps habité, non &#34;l&#39;éternel retour&#34; auquel je ne crois pas, mais le simple fait de &#34;retourner&#34; quelque part. Les Bakas de l&#39;Est-Cameroun disent d&#39;une personne qui meurt qu&#39;elle retourne à la forêt. Aujourd&#39;hui, c&#39;est plutôt celle de l&#39;ici et de l&#39;ailleurs qui me vient à l&#39;esprit. Il me semble que l&#39;être humain, qu&#39;il soit sédentaire, nomade ou voyageur, oscille entre ces deux termes, comme un métronome sur sa base. Mais ce n&#39;est peut-être qu&#39;une image de mon incertitude. Je rêve d’un ailleurs sans nom (je crois avoir déjà écrit ces mots, mais peut-être est-ce quelqu’un d’autre), sans nom levé sur une vraie carte, les cartes n’étant jamais vraies, d’une Pygmésie qui n’est pas un non-lieu comme l’insula Utopia de Thomas More, ni un mythe comme le royaume du Prêtre Jean, mais un quelque part qui serait plutôt le Pays où l’on n’arrive jamais, jamais vraiment, ce monde où nous voyageons dans la nuit.&#xA;&#xA;Le pays où l&#39;on n&#39;arrive jamais, André Dhôtel, Pierre Horay 1955, Flammarion 2015&#xA;&#xA;Autournantduchemin&#xA;&#xA;Au tournant du chemin est une infolettre mensuelle, gratuite et démodée :&#xA;a href=&#34;https://www.sergemarcelroche.kessel.media&#34; target=&#34;_blank&#34;Je m’abonne avec plaisir !/a]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: center;">Un ailleurs sans nom</div>

<p>Cela fait deux mois et de la poussière que la saison sèche a commencé, et s&#39;il a plu courant janvier, de pauvres averses n&#39;ont pas redonné du brillant aux feuilles des arbres et des palmiers de notre quartier, ni vraiment lavé la tôle des toits. L&#39;on marche à certains endroits dans une neige couleur de brique. Ngola, nom local de Yaoundé, se recroqueville. J&#39;ai du mal à ne pas me recroqueviller avec elle. De voir aussi peu de milans noirs m&#39;inquiète. La plupart auraient-ils “choisi” de ne pas revenir cette année chez nous ? Ou se sont-ils attardés en route, trouvant plus de ressources en d&#39;autre lieux ? À Batouri, j&#39;avais l&#39;habitude de noter la date de leur “retour”, qui se perdait ensuite dans une broussaille d&#39;écrits.</p>

<p>Cette question du retour m&#39;a longtemps habité, non “l&#39;éternel retour” auquel je ne crois pas, mais le simple fait de “retourner” quelque part. Les Bakas de l&#39;Est-Cameroun disent d&#39;une personne qui meurt qu&#39;elle retourne à la forêt. Aujourd&#39;hui, c&#39;est plutôt celle de <em>l&#39;ici</em> et de <em>l&#39;ailleurs</em> qui me vient à l&#39;esprit. Il me semble que l&#39;être humain, qu&#39;il soit sédentaire, nomade ou voyageur, oscille entre ces deux termes, comme un métronome sur sa base. Mais ce n&#39;est peut-être qu&#39;une image de mon incertitude. Je rêve d’un ailleurs sans nom (je crois avoir déjà écrit ces mots, mais peut-être est-ce quelqu’un d’autre), sans nom levé sur une vraie carte, les cartes n’étant jamais vraies, d’une Pygmésie qui n’est pas un non-lieu comme l’insula Utopia de Thomas More, ni un mythe comme le royaume du Prêtre Jean, mais un quelque part qui serait plutôt le <em>Pays où l’on n’arrive jamais</em>, jamais vraiment, ce monde où nous voyageons dans la nuit.</p>

<p><em>Le pays où l&#39;on n&#39;arrive jamais</em>, André Dhôtel, Pierre Horay 1955, Flammarion 2015</p>

<p><a href="https://sergemarcelroche.writeas.com/tag:Autournantduchemin" class="hashtag"><span>#</span><span class="p-category">Autournantduchemin</span></a></p>

<p><em>Au tournant du chemin</em> est une infolettre mensuelle, gratuite et démodée :
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]]></content:encoded>
      <guid>https://sergemarcelroche.writeas.com/au-tournant-du-chemin-2</guid>
      <pubDate>Sat, 07 Feb 2026 02:41:04 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Au tournant du chemin #1</title>
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      <description>&lt;![CDATA[div style=&#34;text-align: center;&#34;&#xA;Voyage autour de mon quartier&#xA;/div&#xA;&#xA;S’il est vrai, mais les paroles ne perdent-elles pas de leur “vérité” quand nous les transformons en formules, que la vie de notre esprit vaut ce que vaut notre solitude (j’ai oublié qui a dit cela), alors la mienne a moins d’estime que celle d’une pierre. Qu’importe ! D’ailleurs, pourquoi une pierre serait-elle solitaire ? C’est un soleil qui dort, et le cosmos entier peuple peut-être son sommeil. Je m’aperçois que cette infolettre est une manière de (me) sortir la tête de la forêt urbaine. Je voyage et vous rencontre en l’écrivant. Physiquement sédentaire, et de plus assez casanier, je nomadise du Bic ou plutôt, du clavier. Pour cela, je m’efforce surtout d’élargir les limites de ce qui tient lieu pour moi de “pensée”, de la déplacer autant que possible hors de son petit champ, ayant pour avantages il est vrai, de ne point pratiquer l’introspection et d’être presque entièrement dépourvu d’imagination.&#xA;&#xA;Je ne voyage pas comme Xavier de Maistre autour de ma chambre, mais en regardant au dehors par le carré de la fenêtre. La forêt et le grand village en elle où j’ai passé un quart de siècle m’ont appris à vivre sans large horizon visuel, sans cette ligne au lointain derrière laquelle on se projette, où selon Bloy se trouverait ce qui est beau. J’ai appris à trouver l’horizon en ce qui s’offre à ma portée. Aujourd’hui, ce ne sont plus les grands arbres ou sur le devant de la case les citronniers pleins de fourmis rouges, mais la colline d’en face, son chapelet d’immeubles et de maisons, le vert des manguiers qui surnage, le ciel bas où comme Roberto Juarroz dans ses Poésies verticales, miro pasar las nubes, je regarde passer les nuages. Sinon je vais à la grand-route, une fois par semaine, faire mes courses chez l’épicier Idriss, acheter à l’étal quelques pommes de France, puis je rentre bien vite. Certains soirs, je fais une promenade de vieux. Je voyage autour de mon quartier.&#xA;&#xA;Autournantduchemin&#xA;&#xA;Au tournant du chemin est une infolettre mensuelle, gratuite et démodée : &#xA;a href=&#34;https://www.sergemarcelroche.kessel.media&#34; target=&#34;_blank&#34;Je m&#39;abonne avec plaisir !/a&#xA;&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<div style="text-align: center;">
Voyage autour de mon quartier
</div>

<p>S’il est vrai, mais les paroles ne perdent-elles pas de leur “vérité” quand nous les transformons en formules, que la vie de notre esprit vaut ce que vaut notre solitude (j’ai oublié qui a dit cela), alors la mienne a moins d’estime que celle d’une pierre. Qu’importe ! D’ailleurs, pourquoi une pierre serait-elle solitaire ? C’est un soleil qui dort, et le cosmos entier peuple peut-être son sommeil. Je m’aperçois que cette infolettre est une manière de (me) sortir la tête de la forêt urbaine. Je voyage et vous rencontre en l’écrivant. Physiquement sédentaire, et de plus assez casanier, je nomadise du Bic ou plutôt, du clavier. Pour cela, je m’efforce surtout d’élargir les limites de ce qui tient lieu pour moi de “pensée”, de la déplacer autant que possible hors de son petit champ, ayant pour avantages il est vrai, de ne point pratiquer l’introspection et d’être presque entièrement dépourvu d’imagination.</p>

<p>Je ne voyage pas comme Xavier de Maistre autour de ma chambre, mais en regardant au dehors par le carré de la fenêtre. La forêt et le grand village en elle où j’ai passé un quart de siècle m’ont appris à vivre sans large horizon visuel, sans cette ligne au lointain derrière laquelle on se projette, où selon Bloy se trouverait ce qui est beau. J’ai appris à trouver l’horizon en ce qui s’offre à ma portée. Aujourd’hui, ce ne sont plus les grands arbres ou sur le devant de la case les citronniers pleins de fourmis rouges, mais la colline d’en face, son chapelet d’immeubles et de maisons, le vert des manguiers qui surnage, le ciel bas où comme Roberto Juarroz dans ses Poésies verticales, <em>miro pasar las nubes</em>, je regarde passer les nuages. Sinon je vais à la grand-route, une fois par semaine, faire mes courses chez l’épicier Idriss, acheter à l’étal quelques pommes de France, puis je rentre bien vite. Certains soirs, je fais une promenade de vieux. Je voyage autour de mon quartier.</p>

<p><a href="https://sergemarcelroche.writeas.com/tag:Autournantduchemin" class="hashtag"><span>#</span><span class="p-category">Autournantduchemin</span></a></p>

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]]></content:encoded>
      <guid>https://sergemarcelroche.writeas.com/au-tournant-du-chemin-ndeg-1</guid>
      <pubDate>Wed, 07 Jan 2026 02:07:51 +0000</pubDate>
    </item>
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